Phosphorescence longue durée
On trouve dans le commerce pas mal d'articles prétendûment phosphorescent, bien visibles la nuit. La réalité n'est pas aussi idyllique, et ça m'énerve 😠
Quand j'étais enfant, il y a très longtemps, j'avais eu un réveil avec des aiguilles lumineuses qui se voyaient la nuit, j'étais fasciné. Et je le suis toujours.
Ce sont les pigments à l'origine de cette luminosité qui m'intéressent ici.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Comment ça marche ?
- Combien de temps ça dure ?
Les aiguilles lumineuses de mon enfance étaient radioactives et « éternelles ». Je me souviens les avoir regardées au microscope pour voir les scintillations. Les produits radioactifs sont évidemment interdit de nos jours, et on trouve des produits moins efficaces, mais quand même, ils ont l'air pas mal d'après les publicités.
J'ai acheté en 2011, ça fait un moment, de la peinture lumineuse pour voir ce que c'était. Et certaines publicités sont vraiment trop miraculeuses par rapport à ce que j'ai observé...
Pour commencer, nous allons regarder rapidement les produits radioactifs. Puis on passera à ce qui m'énerve.
Radioactif
Dans le temps, on trouvait des montres avec des aiguilles au radium, visibles dans le noir pendant des lustres. Mais bon, un peu radioactives tout de même, avec plus de 1600 ans de demi-vie.
Mais c'est vrai, la radioactivité assure un éclairement permanent.
Le radium seul n'émet pas de lumière visible : on ajoute du sulfure de zinc qui va réémettre dans le verdâtre.
Pour remplacer le radium, le tritium a été proposé. Il est également radioactif mais tellement faiblement que cela ne présente pas de danger. La demi-vie du tritium ne fait qu'une dizaine d'années, autrement dit, au bout de 10 ans, les aiguilles éclaireront deux fois moins.
Dans le cas radioactif, on ne se pose pas trop de question sur la source d'énergie : c'est la fission des atomes.
Le truc rigolo, c'est que le produit ajouté au radium (qui n'est pas lumineux seul) est du sulfure de zinc, et c'est précisément le produit que l'on trouve en vente...
Les produits proposés
Pas mal de produits et d'applications sont proposées utilisant des matériaux phosphorescents. En voici un florilège.
Poudres
La matière première : des pigments solides de diverses variétés et granulométrie.
Peintures, encres et autres vernis
Ces pigments sont ensuite intégrés à toutes les sauces, à commencer par les peintures ou les vernis.
Le ratio de poudre par rapport à la peinture transparente est important, on peut s'en douter.
Attention aux peintures : ne pas confondre avec de la peinture fluorescente ! Il faut prendre celles qui « emmagasinent la lumière pour la restituer ».
Plastiques, résines, verre, céramique...
On peut aussi injecter la poudre dans des plastiques, des résines, du verre, de la céramique...
Et si vous manquez d'idées, vous pouvez toujours consulter cette galerie de photos. Sinon j'ai rassemblé à la fin quelques objets éventuellement inattendus.
Luminosité miraculeuse
Ces quelques photos donnent une impression de luminosité assez importante, non ? Cela peut même tenir du miracle :
La sensibilité des appareils photos numériques actuels est telle que l'on peut facilement être berné
par les images, vous avez probablement déjà dû constater qu'une photo prise de nuit, avec un pied
et une pose assez longue, peut donner des résultats éblouissants.
Et sans parler des traitements numériques à la Photoshop.
La lumière émise par le composé phosphorescent n'est pas du tout linéaire dans le temps. Dans les premiers instants, la puissance lumineuse peut être relativement importante, surtout si la source de lumière qui a servi à activer le composé est déjà puissante. Puis la luminosité décroit rapidement, du genre :
Mais une vidéo vous donnera une meilleure idée de cette décroissance, on en retrouve parfois sur les sites des vendeurs pour montrer que leur nouveau composé est bien meilleur que les autres.
Dans la vidéo suivante, les 4 composés à comparer sont éclairés pendant 3 minutes par des leds, puis la décroissance est filmée. La fin montre ce qui reste au bout 5 minutes.
(vidéo remontée par mes soins pour la rendre buvable)
On constate une décroissance rapide. C'est sûr qu'en augmentant la puissance et la durée de la source lumineuse, la phosphorescence sera plus importante. C'est ce que vous allez voir dans la vidéo suivante, où plusieurs couleurs sont testées.
On peut raisonnablement supposer que le composé est « saturé ».
Généralement, 10 à 15 minutes de soleil suffisent pour saturer le composé.
Au bout d'une dizaine d'heures, il ne reste vraiment pas grand-chose, mais c'est perceptible par l'œil humain dans l'obscurité totale.
Et souvenez-vous qu'il s'agit du produit pur, et non d'une dilution dans de la peinture ou du vernis !
À présent, vous commencez à avoir une idée de ce que c'est, et en particulier, il est relativement facile de montrer des résultats éclatants si on éclaire comme une brute avec une source UV, puis qu'une photo est prise juste après l'extinction...
Ça m'énerve
Certaines publicités pour ces éléments phosphorescents sont manifestement arrangées. Il est alors difficile de croire que l'on va obtenir un résultat aussi lumineux... et ça m'énerve. 😡
10 heures
Ce n'est pas « visible » mais carrément « illumine » 10 heures ?
Non mais zyva !
nez de marche
Plus besoin de mettre de lampes électriques si ça éclaire comme ça. C'est difficilement crédible.
Coussins éclatants
Au clair de la nuit
Au moins, cette photo est vraie, même si la luminosité de nuit a été particulièrement mise en avant, mais c'est de bonne guerre pour vendre. On remerciera la sensibilité remarquable de nos appareils photos numériques. Et Photoshop.
Mais c'est quand même étonnant, car la quantité de composé phosphorescent ne peut pas être très importante car il est difficile d'en mettre une grosse couche sur du tissu... Du coup, je pense que la scène a été violemment éclairée juste avant de prendre la photo.
Laine lumineuse
Ça m'étonnerait que la quantité de matériau phosphorescent soit si importante dans le fil de laine afin d'obtenir une luminosité pareille.
Encore un exemple d'activation violente juste avant de prendre la photo et de passer dans l'éditeur d'image...
Visible de jour
- De jour : on ne voit aucun sticker, aucune trace. Ce n'est pas possible.
- De nuit : enfin, vaguement de nuit, voyez les rais de lumière et les objets éclairés.
- Et le décorateur s'est donné la peine d'éviter ce qui était déjà accroché au mur, ça ne fait pas naturel.
Dans ces conditions, vous ne verrez pas les stickers aussi contrastés, ce n'est pas possible, ça n'éclaire pas autant. Il faut être vraiment dans le noir pour les voir, et encore, juste après avoir « rechargé » les stickers.
Stickers étoilés
La photo suivante est manifestement un montage. Comment croire que l'on va obtenir une luminosité pareille ?
- Ça brille tellement fort qu'on voit des halos autours des étoiles.
- Vous ne trouvez pas que la perspective des stickers au plafond est bizarre ou c'est moi qui yoyotte de la touffe ?
- Eh puis, aucun reflet sur les vitres du fond...
Les mêmes stickers, en plus réaliste :
Mais bon, ça sent le Photoshop à plein nez. Et ne vous attendez pas à une luminosité d'enfer...
Dans l'obscurité
Les stickers phosphorescents ne seront visible que dans l'obscurité. Dès que vous allumerez une lampe, leur lumière sera bien trop faible.
Ni avec l'éclairage bleuâtre qu'on devine, il fallait bien un peu de lumière pour prendre la photo.
- Et les gars sont allés mettre des stickers derrière le lit ? Ils ne recevront pas beaucoup de lumière, et brilleront nettement moins...
- Et puis ils ont posé les étoiles avec une précision démoniaque, toutes bien alignées. Ils auraient pu en tourner un peu quelques-unes, c'est facile avec n'importe quel éditeur d'image...
Regarde !
Ça m'énerve un peu moins, mais...
Signalisation routière
Ces peintures phosphorescentes sont certainement intéressantes pour aider les usagers la nuit.
Une vraie photo cette fois. Juste à la tombée de la nuit, quand la peinture a bien été chargée, alors on obtiendra effectivement ce genre d'effet.
Ils annoncent une dizaine d'heures, cela parait très optimiste, mais bon, en pleine nuit, ça n'éclairera pas comme l'éclairage public, mais ça pourrait aider l'usager circulant sans lumière.
Ou alors à rouler tous feux éteints ?
Les billes de verre rétroréfléchissantes ont encore de beaux jours devant elles
(moins par temps de pluie).
Luminescence
De la matière qui émet de la lumière, c'est relativement fréquent. On appelle cela d'une manière générale de la « luminescence » lorsqu'il ne s'agit pas d'un phénomène bêtement thermique (corps noir), et suivant l'origine, on lui donne un nom particulier :
- électroluminescence : champ électrique (toutes les LEDs...)
- chimiluminescence : réaction chimique, la bioluminescence étant la version animale cherchez « luciférine »
- sonoluminescence : absorption de phonons
- radioluminescence : par la radioactivité
- cathodoluminescence : par la collision d'électrons accélérés dans un matériau. Les anciennes télévisions à tubes cathodiques fonctionnaient sur ce principe.
- ...
- photoluminescence : c'est ce qui va nous intéresser ici, la production de lumière par absorption de photon
- Il arrive que le photon réémis soit exactement le même. C'est d'un intérêt relatif, à part si le décalage temporel est important.
- Il arrive que le photon réémis présente une énergie supérieure. Mais il n'y a pas de miracle énergétique, pour ça il faut que deux photons soient absorbés pour en réémettre un seul, et/ou que le matériau cède de l'énergie, par exemple parce qu'il était préalablement excité et non dans son état fondamental.
Si le phénomène est
- rapide, moins d'une microseconde, on parle de fluorescence
- lent, on parle de phosphorescence
« Phosphorescence » parce que l'on associe ce phénomène au phosphore blanc (ou jaune), une forme particulière de l'élément phosphore, un métal mou qui s'oxyde (réaction chimique avec l'oxygène) en émettant de la lumière.
Mais pas de bol, il s'agit alors de chimiluminescence. Rien à voir.
Les scientifiques utilisent plutôt « luminescence persistante » que « phosphorescent ». PersL pour les intimes « persistent luminescence ».
Basiquement, il s'agit de la même chose, mais il existe des différences dans les détails :
Retenez surtout qu'il existe une perte d'énergie après l'excitation, que l'électron se retrouve sur un nouveau niveau, et qu'il émettra un photon forcément moins énergétique que celui reçu pour retourner dans son état fondamental.
Du coup, il existera un spectre d'absorption et un spectre d'émission, dans le meilleur des cas ce sont des pics étroits, mais la plupart du temps, du fait des appareils de mesure et des substances par forcément très pures, cela s'étale un peu...
Fluorescence
Voici quelques exemples de fluorescence, histoire de voir de quoi il s'agit et qu'il ne faudra pas confondre avec la phosphorescence.
Vous connaissez déjà un exemple, il s'agit des LEDs blanches. Il n'existe pas de lumière blanche monochromatique, c'est forcément une combinaison.
Exemple d'utilisation de la fluorescence
Pour faire du blanc, on utilise une LED bleue, ici elle émet à 459 nm, et on choisit judicieusement des pigments fluorescents qui vont absorber une partie des photons bleus pour les réémettre grosso modo dans le jaune (ici à 542 et 590 nm), l'ensemble fournissant une impression de blanc.
Alors évidemment, il ne faut pas que la réémission de photon soit lente, sinon on commencerait par avoir du bleu à l'allumage, puis du blanc, puis du jaune après extinction de la LED bleue...
Et maintenant vous savez pourquoi les ampoules LED que vous achetez sont jaunes là où cela éclaire. Il s'agit du pigment fluorescent.
Pigments qu'on appelle phosphores, pour achever la confusion.
Les azurants optiques permettent de rendre le blanc encore plus blanc.
Vous avez certainement déjà vu ça en boite de nuit, sous ultraviolet (lumière noire)
Même les plantes s'y mettent.
Éteignez la lampe UV (lumière noire) et tout s'éteint. C'est de la fluorescence.
Phosphorescence
C'est beaucoup plus rigolo lorsque l'on éteint la source lumineuse (souvent dans l'ultraviolet), et que ça continue d'émettre de la lumière. Pendant longtemps.
En anglais, on parlera d'afterglowing, en français « qui reste lumineux après ».
Vous pouvez voir cela comme une sorte de batterie de lumière : elle se charge avec de la lumière, puis se décharge, de préférence lentement, restituant la lumière accumulée.
Le paramètre important sera la durée de luminescence après exposition. Et pour la définir, ce n'est pas si évident, car l'œil humain présente une sensibilité particulière, surtout en vision de nuit. On retrouvera souvent la valeur 0.32 mcd/m², qui vaut environ 100 fois la sensibilité de l'œil humain dans le noir.
Mais l'émission de lumière va dépendre de pas mal de paramètres :
- Quantité / épaisseur du matériau : une couche fine de matériau sera moins efficace qu'un « galet ». La granulométrie la taille des particules est un paramètre critique, il ne faut pas que les grains soient trop petits (votre fournisseur devrait vous le dire, s'il est bon) pour pouvoir correctement accumuler la lumière reçue.
- Puissance de la source lumineuse : le soleil direct sera plus efficace que sous les nuages
- Spectre de la lumière à la lumière : plus le rayonnement sera dans l'ultraviolet, plus puissants seront les photons
- Temps d'exposition : exposer une heure ou 1 seconde n'aura évidemment pas le même résultat. De plus, il doit exister un phénomène de saturation, au bout d'un moment, ça ne sert plus à rien.
- Si vous déposez sur une couche noire, alors forcément, il y aura moins de lumière à collecter.
- ...
Tout ceci laisse la porte ouverte à pas mal de discussions et de malentendus, surtout quand les vendeurs de matériaux vanteront l'efficacité de leurs produits. Préparez-vous à devoir lire entre les lignes leurs offres...
Ceci dit, certains s'appuient sur la norme ISO 17398 (“Couleurs et signaux de sécurité” qui classifie les technologies selon leur signal et émission de luminescence mesurée en millicandela/m²) pour certifier la durabilité de l'illumination (voir OliKrom pour plus de détails). Pour d'autres, c'est l'ISO 16069...
Au moins on a une mesure, par exemple « après une heure, on a 80 mcd/m² ». Sachant qu'une bougie, c'est 1 candela, un écran de PC ou de smartphone c'est plutôt 200. Oui, la phosphorescence après une heure, ça n'est pas lourd.
Je n'aurai qu'un seul conseil : FAITES D'ABORD UN ESSAI. Sinon vous pouvez être sûr d'être très déçu.
Les matériaux phosphorescents
Ce n'est pas comme s'il existait des milliers de matériaux présentant une luminescence persistante suffisamment longue et puissante pour être intéressante. L'histoire se résume ainsi :
- L'historique sulfure de zinc
- En 1993, la découverte de l'aluminate de strontium dopé
- Et depuis quelques autres matériaux plus ésotériques, mais pas tellement plus intéressants
- [2019] Persistent luminescence instead of phosphorescence: History, mechanism, and perspective / Jian Xu
- [1996] A New Long Phosphorescent Phosphor with High Brightness, SrAl2O4:Eu2+,Dy3+ / T. Matsuzawa et al.
Finally, after two years trial-and-error, on Mar. 12th, 1993, the memorable timing, which was recalled by Y. Murayama, the vice president of Nemoto then as “the brightest day in his night-vision life”. He and his colleagues (T. Matsuzawa, Y. Aoki, N. Takeuchi) successfully developed the new generation green afterglow phosphor, SrAl₂O₄:Eu2+-Dy3+. This aluminate phosphor gives nearly perfect properties :
- extremely bright and long duration afterglow luminescence in the dark (over 30 h before the emission intensity dropping upon 0.32 mcd/m2, which is roughly 100 times the sensitivity of the dark-adapted human eyes);
- green emission band peaking at ~520 nm that matches well with the human's photopic vision (maximum response at 555 nm with 683 lm/W);
Sulfure de zinc
Le sulfure de zinc ZnS est le matériau phosphorescent « historique » par excellence. Pur, il est très transparent (on en fait des lentilles IR), mais dopé, c'est une autre histoire.
Le sulfure de zinc est un semiconducteur : sa bande de valence est remplie d'électrons, alors que sa bande de conduction est vide du fait d'un gap d'énergie relativement large de 3.6 eV. L'ajout de dopants comme le cuivre, l'argent ou le manganèse va introduire des niveaux supplémentaires d'énergie dans la bande interdite.
De la lumière UV ou même visible va exciter les électrons et les pousser vers la bande de conduction. Les centres de recombinaisons créés par le dopant favorisera le mécanisme de recombinaison électron-trou menant à l'émission de lumière phosphorescente.
Force est de constater que cette opération prend « un certain temps », qu'on aimerait le plus long possible, que l'on explique plus ou moins par des probabilités faibles de réalisation en mécanique quantique.
Le dopage insère des niveaux d'énergie supplémentaires qui vont modifier la fréquence des photons émis :
- Avec de l'argent, la couleur est bleue avec un maximum à 450 nm
- Avec du manganèse, ce sera orange-rouge à 590 nm
- Avec du cuivre, c'est la teinte verdâdre la plus connue, utilisée dans bon nombre de situations, qui présente une grande durée de luminosité.
À 397 nm, il s'agit de la LED ultraviolette d'excitation.
C'est le matériau phosphorescent le plus courant, dans l'obcurité totale, on peut encore distinguer une pâleur après une dizaine d'heures.
D'une manière amusante, une excitation dans l'infrarouge à température ambiante provoque l'extinction de la phosphorescence.
Aluminate de strontium
En 1993, Matsuzawa et ses collègues de Nemoto ont découvert le plus brillant et persistant des matériaux phosphorescents, l'aluminate de strontium de son petit nom SrAl₂O₄ s'il est dopé à l'europium Eu2+, dysprosium Dy3+, et bore B3+.
On constate que si l'aluminate de strontium est moins vif que le ZnS juste après l'exposition, sa luminosité est manifestement plus importante sur le long terme. Ceci dit la luminosité disparait au bout de quelques heures, et c'est difficile à voir au bout de la nuit...
Horlogerie
L'industrie horlogère a largement investi dans ce composé, cela permettant d'éliminer les composés radioactifs. Découvert chez Nemoto, cet aluminate de strontium a reçu l'appellation Luminova (nom quand même plus commode pour la promotion). Ils se sont alliés avec les Suisses rcTRITEC où une amélioration (pas vraiment décrite, trouvée en 2007) l'a transformé en Super-Luminova, et son dérivé céramique Lumicast.
La concurrence horlogère a évidemment proposé d'autres versions :
- Lumibrite chez Seiko
- Chromalight chez Rolex
Si le composé original a reçu l'appellation C3, c'est aussi celui qui est le plus lumineux. Dès que l'on rajoute « autre chose », en particulier pour modifier la couleur, la luminosité et la durée d'illumination diminuent.
Pas facile de faire du rouge.
Très cher, on produit quelques kilos d'aluminate de strontium par an, ce qui couvre largement les besoins de l'industrie horlogère. Vu le prix, méfiez-vous du pas cher chinois. Voire du faux.
C'est de la poudre (granulométrie recommandée de 300 μm) qui devient une pâte visqueuse mélangée à un liant, pénible à déposer avec précision, et qui craint la chaleur, la pression, les solvants et ne supporte pas les retouches. Mais on a réussi à le déposer (péniblement) sur des stickers autocollants. Puis à le graver au laser, des détails dans : La face cachée du disque de lune Orion qui vous montrera l'étendue des dégâts en coût pour le manipuler.
On peut raisonnablement penser que c'est le meilleur matériau phosphorescent. L'industrie du luxe est exigeante et ne prend que le meilleur...
Vous trouverez l'aluminate de strontium sous divers noms comme YGZ chez certains fabricants, mais bon, méfiez-vous des dénominations chinoises.
S'il vous prend l'envie de synthétiser le matériau :
- [2022] Des vitraux phosphorescents - Synthèse d’aluminates de strontium phosphorescents / Lise Boutenègre, Simon Baillet (ENS-Lyon).
Accessoirement, l'explication scientifique est bien meilleure que ce que vous êtes en train de lire. Bonne chance si vous vous lancez là-dedans.
Aluminates et silicates
Depuis la découverte de l'aluminate de strontium, d'autres matériaux phosphorescents ont été mis à jour, mais sans véritable amélioration sur la luminosité et la durée d'illumination.
Dans le bleu-vert :
- CaAl₂O₄ : Eu2+, Nd3+ (λem = 440 nm)
- SrAl₁₄O₂₅ : Eu2+, Dy3+ (λem = 490 nm)
- Sr₂MgSi₂O₇ :Eu2+-Dy3+ (λem = 470 nm)
Dans le jaune :
- Y₃Al₂Ga₃O₁₂ :Ce3+ (YAGG)
- Y3-xGdxAl₂Ga₃O₁₂ :Ce3+, Cr3+
gadolinium-yttrium-aluminium-gallium garnets (grenat) GYAGG
C'est nettement plus rare dans l'orange-rouge :
- Y₂O₂S :Eu3+, Mg2+, Ti4+
- (Ca1-xSrx)S :Eu2+
Mais bon, il y en a d'autres, et ils sont arrivés sur le marché. Pour donner un exemple, voici un fournisseur chinois qui propose toute une collection avec pas mal de variantes qu'on finit par s'y perdre (et une traduction en français rigolote). Inutile de venir râler, c'est comme ça, et la nomenclature change d'un fournisseur à l'autre...
Vous n'avez pas pensé à ça
Fil imprimante PLA
Crayon lumineux
Ne vous attendez pas à éclairer votre feuille de papier.
Interrupteur
Gants
Sucette
Table en résine
Lunette de WC
Préservatifs
Et ne me dites pas que vous y aviez pensé.
Afficheur
😵
Si avec ça vous n'avez pas compris le concept de phosphorescence...
J'en ferai probablement une un jour, parce que c'est cool.
Références
Des vendeurs en tous genres. Ne croyez pas systématiquement ce qu'ils vous montrent, FAITES D'ABORD UN ESSAI, histoire de vous rendre compte de l'effet réel :
- Historiquement, j'ai acheté en 2011 (ça fait 14 ans !) chez Glow Inc. devenus Techno Glow Inc., ce qui m'a permis de me rendre compte de ce que c'était.
- Vous trouverez des millions de produits sur Amazon, Ebay, Temu, Alibaba et consort. Et faites gaffe de commander du ZnS dopé !
- Luminokrom certifiée 10 heures / OliKrom. Les explications (en français) sont bien présentées. C'est plutôt rare.
- Zhejiang Minhui Luminous Technology
- iSuoChem
- photoluminescent.fr
- phosphorescent.fr
- GlowUp
- The Glow Company
- Stardust
- Cromas
- KingChroma : typique des promesses chinoises. La réalité est plus dure.
- ... (c'est sans fin)
Luminova et Super-Luminova chez les fournisseurs de produits horlogers, plus cher :
- rcTRITEC. Il existe de nombreux revendeurs.
- Lumineux pour aiguilles chez KD89
Quelques documents scientifiques, notés au cours de mes recherches pour faire la présente page. Cette liste est loin d'être une référence.
- [1896] Le sulfure de zinc phosphorescent / Haraucourt
- [1903] Phosphorescence et lumière froide (Les corps radio-actifs) / H. Parodi / Bulletin de l’institut d’Égypte / Année 1903 4 pp. 463-471
- [1935] Produits Lumineux Radioactifs / M. Galabert / Communication faite à la Société chronométrique de France / Annales Francaises de Chronometrie, vol. 5, pp.85-88
- [1959] Sur le déclin de la phosphorescence des sulfures de zinc / Jean Saddy
- [1966] Spectroscopie des sulfures de zinc phosphorescents / G.Curie et D.Curie
- [1996] A New Long Phosphorescent Phosphor with High Brightness, SrAl2O4:Eu2+,Dy3+ / T. Matsuzawa et al.
- [2019] Persistent luminescence instead of phosphorescence: History, mechanism, and perspective / Jian Xu
Pour ceux qui veulent creuser l'historique de la luminescence :
Histoire de la Luminescence
Si je vous ai éclairé sur ce sujet, ce sera déjà pas mal. 😋