Plasma speaker
haut-parleur à éclairs

Février 2023 (mais je l'ai réalisé en 2014)

Un haut-parleur assez sidérant est le plasma speaker, autrement dit reproduire un son avec le tonnerre des éclairs.

Plasma speaker, plasma tweeter, ionophone, ionic loudspeaker, haut-parleur à effet Corona, massless loudspeaker, singing arc...

La première fois que l'on entend cela, et bien on n'y croit pas. On cherche le haut-parleur, mais il n'y en a pas. D'ailleurs, la première chose que vous allez penser en regardant ma vidéo, c'est que j'ai rajouté du son par-dessus. Eh bien non, regardez bien le moment où je coupe l'arc électrique.

Le plasma speaker que j'ai fait avec mes petites mains.
L'iPAQ à droite sert de lecteur MP3, ses haut-parleurs sont éteints :
c'est l'arc électrique la source du son, et je le prouve en coupant l'arc.
Aucun trucage. Musique : KMFDM.

J'ai réalisé mon plasma speaker en 2014. Il a fallu d'abord apprendre à réaliser une alimentation très haute tension pour produire un arc électrique. Puis moduler cet arc électrique avec de la musique, et cela n'a rien d'évident au début.

danger haute tension

Attention : si vous voulez faire ça chez vous, c'est de la très haute tension, et c'est très dangereux, non seulement vous pouvez vous prendre une méchante châtaigne et en mourir, mais en plus vous risquez de vous brûler, la température s'élève très vite.

Principe physique

Vous avez certainement remarqué qu'après un éclair, on entend généralement du tonnerre. Le bruit intense du tonnerre est issu de l'élévation de température extrêmement importante due à la décharge électrique qui échauffe l'air pratiquement instantanément.

Eh bien ici, on va se servir de cet effet : on va s'arranger pour effectuer des décharges électriques avec une fréquence qui sera liée au son que l'on veut produire.

Il ne s'agira pas de faire un lien analogique, car tenter de produire un éclair de puissance directement proportionnelle au niveau du signal analogique d'entrée sera très compliqué à réaliser, déjà qu'on aura du mal à produire un simple arc électrique.

On va plutôt faire comme un amplificateur de classe D : on transforme le signal analogique en PWM, autrement dit en impulsions de plus ou moins grande largeur. Du coup, les impulsions de sortie sont toujours de la même hauteur = notre futur éclair. Sauf que l'on va quand même jouer, à l'aide de la largeur d'impulsion, sur l'énergie qui sera stockée et libérée dans notre bobine, in fine la hauteur du signal.

On voit la fréquence des impulsions, qui devra être bien supérieure à la fréquence à reproduire.
La largeur des impulsions permet de régler l'intensité du signal.

Produire un arc électrique
= faire de la très haute tension

Comment produire un arc électrique ?

Il s'agit de produire une tension suffisamment élevée pour qu'une sorte de pont électrique se forme entre deux électrodes à l'air libre.

Grosso-modo, la tension de claquage de l'air à température ambiante est de l'ordre de 1000 volts par millimètre les puristes auront des valeurs plus précises, mais on veut juste savoir de quoi on parle.

Pour faire un modeste arc de 1 centimètre, il va falloir générer une dizaine de kV (kilovolt), voilà qui n'est pas usuel pour l'amateur.

Il se trouve que l'on générait une trentaine de kV dans nos anciens téléviseurs cathodiques couleur (un peu moins pour le noir et blanc). Pour cela, la méthode la plus classique consiste à utiliser une bobine, avec d'un côté quelques tours d'enroulement, et de l'autre vraiment beaucoup de tours. C'est un peu pareil dans les voitures à moteur à explosion à essence (pas diesel) où il faut produire un arc électrique sur la bougie : on utilise également une bobine.

On appelle ces générateurs haute tension des convertisseurs flyback. Z'avez qu'à regarder sur wikipedia pour avoir plus de détails.

Oubliez l'attirail de la diode/capacité/résistance à droite.

Ce qui est important, c'est que l'on établit un courant dans la bobine primaire n1 qui possède un faible nombre de tours (par exemple une dizaine, voire un seul), ce qui provoque une induction magnétique dans le cœur ferrique. Puis on coupe brusquement (et le brusquement est important) le courant. L'énergie stockée dans le cœur est alors relâchée du côté du bobinage secondaire, et comme le nombre de tours est très élevé, genre 10 000, alors on obtient une tension 1000 fois plus élevée (c'est le ratio du nombre de tours en première approximation).

L'interruption du courant est très importante. Si on ne l'interrompt pas, eh bien il ne se passe rien, sauf que vous consommez un courant important.

Et si vous diminuez gentiment le courant dans la bobine, graduellement, et bien il ne se passera pas grand-chose non plus. L'énergie magnétique stockée va se libérer tout aussi graduellement, et on n'aura pas l'effet escompté.

Z'avez qu'à regarder sur wikipedia pour avoir plus de détails.

Du coup, pour avoir un montage qui soit efficace, il nous faudra un interrupteur extrêmement efficace, qui coupe le courant en un rien de temps, avec une répétition suffisamment rapide. On peut faire ça avec un MOSFET dit de puissance, rapide à couper le courant, et avec une résistance (dite Ron) lorsqu'il est conducteur aussi faible que possible, mais qui ne sera jamais nulle.

Le MOSFET IRF540 associé à une diode de protection UF4007, va piloter le primaire.

La datasheet IRF540 de chez Vishay. Les points importants sont

  • Le Ron de 0.077 Ω
  • la vingtaine d'Ampère en continu, et 110 A en impulsion
  • les 100 volts de tension max
  • La tension de seuil de 4 volt max (tension sur la grille pour le rendre conducteur)
  • Les temps caractéristiques de l'ordre de 50 ns, donc rapides.

Il existe plein d'autres références de ce type de MOSFET qui marcheront aussi bien.

Malheureusement, on va devoir faire passer un courant de l'ordre de l'ampère, et même avec une petite résistance Ron, et bien notre MOSFET va dissiper une puissance non négligeable, autrement dit il va beaucoup chauffer, il faudra le refroidir sinon il claquera. Gros radiateur et ventilateur en perspective.

Mais le principe de base est là, et c'est quasiment le circuit que je vais utiliser.

Apparemment, ajouter une capacité sur le primaire aide à réduire le courant global consommé par le système. J'ai découvert cela plus tard.

Il vous faudra récupérer un transformateur HT d'une télévision, et là, repérer les bobinages qui sont souvent compliqués. How to Find the Primary and the Secondary Coils of a FlyBack Transformer devrait vous aider, et au moins vous montrer à quoi ça ressemble. Aussi sur flyback transformer / Wikipedia.

Comment moduler ?

Il existe déjà des circuits générant du PWM, par exemple le TL494, dont on trouvera la datasheet sur le site de Texas Instruments, laquelle datasheet explique par le menu comment marche le circuit. Sauf que c'est un peu compliqué car ce circuit n'est pas fait spécialement pour notre objectif.

Le block-diagram du TL494. Comme ça, vous êtes bien avancés.

Pour commencer, ce circuit va nous générer des impulsions régulières à la fréquence que l'on désire afin de bien piloter le flyback. Pour cela on place un potentiomètre de 10kΩ sur l'entrée de commande RT (broche 6) de l'oscillateur.

On pourra également jouer sur le rapport cyclique en ajoutant un second potentiomètre sur l'entrée DTC (broche 4).

Avec les valeurs choisies, on va pouvoir régler entre 9.5 et 200 kHz, et le rapport cyclique entre 1 et 99%. Ce sera suffisant pour être dans l'audible (20 kHz max).

Injection du son

Nous allons moduler le PWM avec notre signal son analogique en jouant sur la fréquence de l'oscillateur : on additionne le signal sonore sur le contrôle RT à travers une capacité pour bloquer le continu. D'autres solutions sont possibles, c'est le plus simple que j'ai trouvé.

On ne se servira pas des autres entrées, et on utilise la génération interne de la référence 5 volt pour fixer les entrées inutilisées.

Sortie : doublement du signal

On doublera la fréquence de sortie en utilisant les deux sorties, et deux MOSFET qui seront reliés ensemble. Mais on pourrait ne se servir que d'une seule sortie, essayez vous-même.

La sortie attaque le primaire du flyback, pour ceux qui ont mal suivi.

J'alimente tout avec le 19 volt de mon alimentation de PC portable. Mais bon, vous pouvez aussi séparer l'alimentation du primaire et l'augmenter.

Réalisation

J'ai récupéré un transformateur flyback sur un vieux téléviseur couleur, et réalisé le primaire moi-même ça se voit non ?

J'ai réalisé le driver sur une carte à trous, je n'ai pas fait de circuit imprimé vu que j'allais en réaliser qu'un seul, et que j'allais certainement griller des composants, on ne manipule pas des hautes tensions et fort courants impunément...

Mon driver pour le transformateur flyback.
Les deux potentiomètres servent à régler la fréquence et le rapport cyclique de l'oscillateur.

Avec cela, on aura notre générateur d'arc électrique basique, dont on pourra jouer sur la fréquence et le rapport cyclique, et observer l'effet sur la consommation de courant, vu que j'ai ajouté un bête ampèremètre en série sur l'alimentation.

Pas mal, un peu plus d'un ampère et demi sur 19 volts...

J'ai monté mes MOSFET sur un gros radiateur refroidi avec un ventilateur, tellement je suis méfiant pour éviter de les cramer.

Pour l'alimentation, j'ai récupéré une alimentation de PC, qui délivre du 19 volts (les constructeurs ont fini par converger sur cette valeur), avec un courant suffisant.

J'ai tout monté sur un support ad-hoc, afin de manipuler facilement tout ça en limitant les risques de brûlures et d'électrisation. Mais bon, il faut faire gaffe avec ça, méfiez-vous !

Ça s'achète

Eh oui, inutile de vous enquiquiner, on peut facilement acheter des appareils prêts à fonctionner, et en Bluetooth par-dessus le marché.

Il s'agit souvent d'une bobine Tesla pilotée de manière adéquate par une puce qui permet de se connecter en Bluetooth, ce qui est assez remarquable vu que l'on produit quand même de la haute tension, des éclairs, et que ça n'a pas l'air de perturber la réception.

Vous trouverez diverses versions sur le web, moins cher chez les Chinois comme d'habitude. On le trouve sous divers vocabulaires, avec les traducteurs automatiques sur de l'anglais approximatif écrit par un chinois...

Google :

  • plasma speaker
  • tesla coil music
  • bobine tesla musique

Vous verrez vite qu'il n'y a pas tant de modèles différents, le plus compliqué étant de trouver un prix pas dément et une livraison dans un temps raisonnable. Et méfiez-vous des sites chinois où le prix indiqué n'est pas celui de l'appareil convoité.

  • Une version à l'ancienne, avec un bobinage classique (pénible à réaliser soi-même du reste) :
  • Une version plus sophistiquée, où la bobine est réalisée directement sur un circuit imprimé, et elle est donc toute plate :
Le temps de pose est assez long pour obtenir ce genre d'images.
  • On trouve aussi des kits à quelques euros à monter soi-même (mais sans le bluetooth, c'est plus simple de connecter un câble).

A côté de l'expérimentation avec de la musique, vous pourrez aussi jouer avec la très haute tension et faire quelques expériences de physique amusante, genre allumer un néon, faire tourner une tige, etc...

Faites attention tout de même : il n'y a pas de miracle, pour produire une haute tension, il faut un courant important qui est haché par un transistor, lequel chauffe terriblement d'où la présence de l'imposant radiateur, qui n'est pas fait pour fonctionner des heures, ça chauffe très vite en quelques minutes et vaut mieux débrancher l'appareil, surtout s'il n'a pas de ventilateur !

Liens

Quelques liens vers des sites ou documents plus ou moins intéressants :

  • Massless tout ce que vous voulez savoir à propos de ce sujet hormis les horribles détails techniques, par exemple l'historique et les divers types de haut-parleurs.

Les réalisations techniques plus ou moins détaillées :

Sites "haut-parleur chers" :

Sites commerciaux (et débrouillez-vous par vous-même pour décider si c'est bien) :

Aliexpress, Banggood et autres chinois ont une offre pléthorique des mêmes matériels. Pareil sur Amazon ou Ebay. A vous de chercher le plus économique et sérieux, bonne chance car on voit souvent des tarifs de voleurs.